I really like Lucie Lebaz’s conceptual designs. She’s a Graphic Designer in London.
website: http://www.lucielebaz.com/
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« Faire rire, c’est faire oublier. Quel bienfaiteur sur la terre, qu’un distributeur d’oubli ! », écrivait Victor Hugo dans « l’Homme qui rit ». L’écrivain ne savait pas à quel point sa pensée pouvait si bien s’adapter aux Juifs. A travers son histoire vieille de plus 5000 ans, le peuple juif a toujours su plaisanter de ses malheurs. Il a fait du rire sa thérapie. Le Juif a un don particulier qui est celui de l’autodérision. Il se moque peu des autres et essentiellement de lui-même.
Dans ce livre qu’il dédie à son père, Moïse Rahmani nous invite à respecter un onzième commandement, qui dit : « Tu choisiras le rire ». L’auteur a rassemblé un ensemble de blagues, superstitions et proverbes, qu’il a entendus ça et là ou bien partagés avec ses proches et amis, dans le but de les transmettre aux autres générations. « La blague juive fustige la méchanceté, la bêtise, l’hypocrisie », écrit-il tandis qu’Alain Vincenot, qui préface l’ouvrage, explique qu’ « il ne s’agit pas d’une simple compilation, mais du regard chaleureux que Moïse [Rahmani] porte sur le monde. Généreux, il veut partager ce qu’il voit ».
L’auteur aborde donc l’ensemble des thèmes bien connus des blagues juives qui vont du rabbin à la mère juive pour passer de la Shoah à Israël.
Et pour donner un avant goût aux lecteurs, voici quelques extraits, histoire de faire rire :
« Dieu ne pouvait pas être partout alors il a créé la mère », diction judéo-alsacien.
« On ne se gratte pas sans raison : ou bien on a des soucis ou bien on a des poux, diction judéo-alsacien.
« Isaac téléphone à son fils :
- Jacob, ta mère et moi allons divorcer
- Quoi, ça ne va pas ? Après cinquante de mariage. Mais vous êtes fous. Ne faites rien. J’appelle ma sœur et nous arrivons à la maison dès demain.
Isaac se retourne vers sa femme après avoir raccroché et lui dit :
- C’est bon Rébecca, ils viennent pour les fêtes. »
« David a raté ses examens et ne sait pas comment l’annoncer à ses parents. Il se décide à leur envoyer un télégramme : « Jury épaté. Demande réédition septembre. » »
Stéphanie Lebaz
Article paru sur le site du Crif, le 4 novembre 2008
« Apprendre, rencontrer, partager », tels sont les principes de Limoud, le forum de la vie juive, qui se tiendra du 21 au 23 novembre près de Paris. Organisé dans différents pays, cet évènement a lieu en France depuis trois ans. Sur tout un week-end, les 450 participants vont découvrir différents pans de la vie juive à travers 120 activités. « Chacun a la possibilité de construire son propre parcours de la vie juive en participant aux sessions de son choix selon ses intérêts personnels », explique la présidente et fondatrice de Limoud France, Ruth Ouazana, à la newsletter du CRIF.
Limoud est ouvert à toute personne juive et non juive, religieuse et laïque, jeune et moins jeune qui souhaite approfondir ses connaissances sur la vie et l’identité juives ainsi que sur le judaïsme. « Chaque personne crée l’évènement c’est-à-dire que les intervenants sont les participants, indique la présidente. Tout le monde est là pour apprendre et pour enseigner. » Au moment des inscriptions, les participants ont la possibilité d’intervenir lors de tribunes libres sur le sujet de leur choix. Ils envoient ainsi un synopsis qui sera ou non accepté. « Il faut que le projet entre dans le cadre de Limoud, précise Ruth Ouazana. De plus, les organisateurs ont décidé de donner la parole à tous ceux qui souhaitent la prendre spontanément dans une tribune ouverte dans le lobby. Toutefois, ils seront là pour veiller à ce qu’aucun dérapage n’ait lieu. « Dans notre charte on n’accepte aucun prosélytisme. Toute personne venant à Limoud en quête de légitimation de son idéologie ou croyance ne pourra y participer. Le principe c’est que tout le monde accepte l’esprit d’ouverture. »
L’équipe de Limoud est composée de « 40 bénévoles qui ont envie de s’impliquer dans la vie communautaire et, plus particulièrement, dans une association qui soit ouverte d’esprit ». Pour mettre en place cet évènement, l’équipe s’y prend 18 mois à l’avance. Alors que le rassemblement n’a pas encore eu lieu, ils élaborent déjà l’édition 2009.
Fort de son succès, les inscriptions sont quasiment closes mais le public a la possibilité de s’inscrire sans hébergement.
Cette année, le pays mis à l’honneur est l’Italie. A chaque tranche horaire, des sessions consacrées à ce pays seront proposées aux participants et animées par des intervenants italiens (historiens, philosophes, penseurs) venus présentés leur communauté au niveau philosophique, culturel, etc. « L’idée est que la communauté juive de France aille à la découverte de cette communauté européenne ».
Une des activités phare de l’évènement sera la création d’un livret de Havrouta (session d’étude pratiquée dans les écoles talmudiques durant laquelle deux étudiants confrontent leur compréhension du texte étudié). Ces réunions auront comme thème « la création et la créativité ». Sur une double page seront présentés à gauche un texte du Talmud ou de la Torah et sur la page de droite un texte profane tel qu’un extrait d’une œuvre littéraire ou une chanson : « On peut avoir à gauche la prière de la Havdala dans laquelle on fortifie la différence entre le jour et la nuit, le sacré et le profane, et en face une chanson d’un artiste israélien laïc qui parle de la séparation entre toi et moi. C’est une manière ludique et amusante d’aborder le judaïsme sans oublier le monde qui nous entoure ».
Fort de cette pluralité et cet esprit biculturel, Limoud est un évènement à ne manquer sous aucun prétexte pour les gens qui ont soif de savoir et de partage.
Propos recueillis par Stéphanie Lebaz
Article paru sur le site du Crif, le 30 octobre 2008
30 % des voix. Tel est le score des deux formations d’extrême droite autrichienne lors des dernières élections législatives, le 28 septembre. Un résultat peu rassurant. Pourtant, Ariel Muzicant, le président de la communauté juive en Autriche, relativise: « Il s’agit d’un vote sanction. Nous avions deux grands partis qui pendant 18 mois n’ont fait que se disputer. Les Autrichiens ont manifesté leur mécontentement en votant pour les partis d’extrême droite. » Restant vigilant, Ariel Muzicant rappelle tout de même le danger de voter pour ces partis dont les cadres sont racistes et antisémites. Le fait que les électeurs ne sont pas d’extrême droite n’excuse en rien le comportement des autres partis qui ne rechignent pas à former un gouvernement avec des représentants de ces formations politiques: « Ce qui nous dérange, c’est qu’il n’y a pas eu, comme en France ou en Belgique, une sorte de cordon sanitaire de tous les autres partis pour ne pas former un gouvernement avec le FPÖ et le BZÖ. En Autriche, la gauche l’a plus ou moins fait entendre mais la droite semble plus ouverte à cette idée. » La communauté juive et les associations d’anciens déportés ont d’ailleurs lancé un appel contre l’élection du député du FPÖ, Martin Graff, pour la vice-présidence du Parlement.
Interrogé sur les obsèques « quasi nationales » en hommage à Jorg Haider, mort dans un accident de voiture le 10 octobre dernier, Ariel Muzicant ne semble pas surpris: « Haider était le gouverneur d’une province qui votait à 30 – 40 % pour lui. C’était un gouverneur très populaire. La population appréciait ses actions politiques pour la Carinthie. »
Ariel Muzicant souhaite tout de même éclaircir un point sur cette montée d’extrême droite. « Il ne s’agit pas d’un déclin autrichien », lance t-il. « Si vous regardez en Italie ou dans d’autres pays européens, il y a des élus d’extrême droite au sein des gouvernements. » D’après lui, le danger le plus éminent est la crise économique. « Si cette crise continue, il y aura des millions de chômeurs. Et les élections seront forcément remportées par l’extrême droite. » Il n’y a pas de doute possible: les représentants des communautés juives européennes doivent réagir. Il lance donc un avertissement: « La situation va devenir difficile. L’extrême droite va s’accroitre. Malheureusement, c’est un phénomène qu’on connait du passé. »
Propos recueillis par Stéphanie Lebaz
Article paru sur le site du Crif, le 23 octobre 2008
Après 22 ans de combat contre le terrorisme et pour l’aide aux victimes, Sos Attentats a été dissout. Interrogée pour la newsletter du CRIF, Françoise Rudetzki, fondatrice de l’association, dresse le bilan de ces dernières années et revient sur les raisons qui ont poussé à prendre cette décision.
Question : Le 20 septembre 2008, lors d’une assemblée générale extraordinaire, Sos Attentats a été dissout. Que s’est-il passé ?
Réponse : Il y a quelques mois, j’ai pris la décision d’arrêter mon implication au sein de l’association à titre personnel. J’ai annoncé cette décision au Conseil d’administration qui a réfléchi sur l’avenir de l’association et décidé de maintenir une assemblée générale extraordinaire le 20 septembre. Lors de l’AG, aucune proposition ne s’est dégagée pour continuer les actions de Sos Attentats pour plusieurs raisons. Il y a eu un vote de dissolution.
Question : Après 22 ans de combat pour faire émerger le droit des victimes du terrorisme, quel bilan dressez-vous des batailles menées par votre association ?
Réponse : L’association a fait voter six lois.
J’ai d’abord obtenu la création d’un fond de garantie qui indemnise les victimes du terrorisme depuis 1986 et qui indemnise, aujourd’hui, toutes les victimes d’infractions pénales. Nous avons également obtenu le statut de victime civile de guerre pour toutes les victimes d’attentat avec un certain nombre d’avantages sociaux liés à ce statut, c’est-à-dire les soins gratuits, le statut de pupille de la nation pour les enfants soit orphelins soit blessés dans les attentats et la reconnaissance par la France que le terrorisme est bien une nouvelle forme de guerre. Nous avons obtenu que les associations de victimes soient présentes dans les procédures judicaires en tant que partie civile parce que trop souvent le banc des parties civiles était vide face à certains terroristes qui étaient jugés. Il nous paraissait important de faire entendre la voix des victimes. Nous avons créé un mémorial, construit à l’hôtel national des Invalides et dédié à toutes les victimes du terrorisme. Nous avons fait mener deux études médicales pour mettre en évidence les séquelles particulières que présentent les victimes d’attentat à la suite des explosions.
Question : D’après votre bilan, le chemin parcouru a été positif. Alors quelles sont les raisons de l’arrêt de Sos Attentats ?
Réponse : Les échecs sont dans le domaine judiciaire. Les procédures judicaires en dépit de notre action sont toujours aussi longues. Je prends pour exemple les attentats du début des années 1980 en France : l’attentat de la rue des Rosiers, de la rue Copernic, la vague d’attentats attribuée à Carlos, incarcéré depuis 1994. Les victimes attendent en vain qu’il soit jugé. Les procédures n’avancent pas. Il y a aussi les attentats commis contre des Français à l’étranger comme l’attentat contre le bateau « City of Poros » en Grèce le 11 juillet 1988. Le procès est attendu depuis 20 maintenant.
Question : Comment expliquez-vous que ces procédures n’avancent pas ?
Réponse : Ces procédures n’avancent pas pour plusieurs raisons. Tout d’abord, pendant de nombreuses années, il n’y a pas eu de coopération judicaire internationale. La communauté internationale n’avait pas pris conscience du risque terroriste. Deuxièmement, les magistrats en France n’ont pas suffisamment de moyens pour mener à bien leurs investigations. Quand une commission rogatoire internationale est lancée, elle met des mois voire des années à revenir et à être traduite. Tout cela provoque un ralentissement de la justice.
Enfin, la coopération judiciaire est inexistante avec certains pays comme l’Algérie où il y a eu le détournement de l’Airbus en 1994 mais aussi des assassinats de Français. Les juges d’instruction ont demandé la coopération judicaire aux autorités algériennes. Elles ne l’ont pas obtenue. Il en est de même en ce qui concerne l’attentat du DC10 avec la Libye. Un jugement a eu lieu. Une condamnation a été prononcée par la cour d’assise française mais par contre les Libyens refusent d’extrader leurs citoyens pour qu’ils soient rejugés en France devant les victimes. On peut citer également, l’Iran, bien sûr, qui ne coopère pas avec la France. Il y a très peu d’affaires qui ont débouché sur des procès.
Question : Lorsque vous avez évoqué ces problèmes aux pouvoirs publics, que vous ont-ils répondu ?
Réponse : Tous les présidents de la République ont dit que justice devait être rendue, qu’il fallait poursuivre, juger et condamner tous les terroristes quel que soit l’endroit où ils se trouvent. C’était, même, l’expression de Jacques Chirac lors de l’inauguration du mémorial en 1998. Après les attentats de 2001, on nous a dit que la coopération judiciaire internationale s’améliorera, que le droit triomphera du terrorisme, que les auteurs quels qu’ils soient seront poursuivis et que la lutte contre le terrorisme sera une priorité. J’entends ça depuis 22 ans. Je n’ai absolument pas vu d’évolution dans ce domaine et je ne crois pas qu’une association comme la nôtre ait une quelconque influence sur la prédominance des intérêts économiques. Le monde est exclusivement tourné vers l’économie, vers les questions financières et la notion de justice n’est pas une priorité de la communauté internationale.
Notre association a fait un véritable constat d’échec, notamment franco-français, sur les problèmes de réinsertion sociale et professionnelle des victimes. Il est important de sortir les victimes de leur état de victime. Il ne faut pas seulement les indemniser, mais leur permettre de se réinsérer. La Nation doit faire une place à ces victimes. Dans ce domaine, rien n’a abouti concrètement.
Une autre raison de l’arrêt de Sos Attentats, c’est qu’il n’y a pas eu sur le sol français, hormis les problèmes corses et basques, d’attentats en France depuis 1996. Par conséquent, les pouvoirs publics estiment que notre association n’a plus besoin d’exister. Les subventions sont en baisse alors que notre action s’inscrivait dans la durée. Il y a des personnes qui, 10 ou 15 ans après, ont besoin de soutien. En l’absence d’attentats récents, les pouvoirs publics ont estimé qu’il n’y avait pas lieu de soutenir financièrement l’association à hauteur de ses besoins. Les dons des entreprises ont pratiquement disparu. Ils ont diminué de deux tiers parce que les entreprises françaises ne se sentent pas concernées par le terrorisme. Et même, si elles se sentent concernées, elles ne veulent pas faire de dons pour ne pas que leur nom soit associé à notre cause. Quant aux cotisations des victimes, c’est très gênant de demander à des victimes du passé de continuer à financer la prise en charge éventuelle des victimes du futur.
Pourtant, le constat a été fait qu’il y avait un risque d’attentat majeur du même type que New York, Madrid ou Londres. Les moyens de Sos Attentats ne sont pas à la hauteur face à l’ampleur de ce genre d’attaques. Il faut face à cela des structures plus solides. On ne peut pas, en effet, faire reposer cette prise en charge de cette masse de victimes par une association de victimes. Il faut des structures étatiques, solides, prêtes qui fonctionnent hors période d’attentat mais qui anticipent ces attentats majeurs.
Question : Avez-vous des projets. Vous a-t-on fait des propositions allant dans ce sens ?
Réponse : Depuis des mois voire quelques années, j’alerte les pouvoirs publics sur ce risque en demandant que nous soyons prêts. J’ai fait un certain nombre de propositions et dit que je me tenais à la disposition des pouvoirs publics s’ils voulaient réfléchir à des solutions qui soient plus efficaces que dans le passé, plus novatrices et qui couvrent tout le territoire français. Il faut surtout des solutions avec des structures solides qui ne soient pas remise en cause chaque année pour des problèmes financiers. Je n’ai à ce jour obtenu aucune réponse. Si aucune proposition ne se dessine, j’aurai des projets autres. J’ai fait pendant 22 ans ce que je crois être mon devoir. J’ai acquis une certaine expérience que je suis prête à transmettre. Si personne en France ne veut de cette expérience, il y a peut-être des personnes à l’étranger qui sont prêtes à écouter et entendre.
Question : Avez-vous des contacts au niveau européen ?
Réponse : Quelques contacts européens et internationaux mais je préfèrerai transmettre mon expérience à la France qui risque d’être visée un jour par un attentat de grande ampleur.
Propos recueillis par Stéphanie Lebaz
Article paru sur le site du Crif, le 8 octobre 2008
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